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Soleil D'Afrique.CG

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Congo/ 61 ans après le Congo ne doit plus appliquer un Urbanisme mal conçu pour la gestion de ses villes. Dixit Docteur Jean Romuald MAMBOU.

Publié par Cardinal Madiata sur 17 Août 2021, 07:31am

Catégories : #Societe

Si sur le plan humain, 61 ans ne représente rien devant l'éternité du temps ; mais en tant que nation, 61 ans est l'âge de maturité qui permet à celle-ci d'aborder avec détermination certaines étapes conduisant à son développement, notamment comment penser la ville de manière à ce que les populations vivent de façon harmonieuse dans leurs villes. Au regard de la faible qualité des services d'urbanisme, la quasi-inexistante des voiries urbaines et de l'assainissement urbain au Congo, notre reporter a eu une entrevue avec Jean Romuald MAMBOU, docteur en urbanisme et aménagement de l'institut d'urbanisme de Grenoble en France, enseignant à l'Institut supérieur d'architecture, d'urbanisme, du Bâtiment et des travaux publics de l'université Denis Sassou Nguesso, en sigle ISAUBTP,  sur les enjeux de ce métier très complexe.


Question : Soleil d'Afrique.CG : Bonjour docteur Jean Romuald MAMBOU ! Qu'est ce que l'urbanisme ? 

Docteur Jean Romuald MAMBOU : c'est une discipline très jeune par rapport aux autres disciplines des sciences sociales comme l'architecture, l'histoire ou la sociologie. Elle s'est organisée au fil des années. L'urbanisme naît au milieu du XIXe siècle pour faire face à la révolution urbaine en Europe, aux États-Unis et à une moindre mesure au Canada, consécutive à la révolution industrielle qui a modifié profondément' les cadres de vie des populations dont le nombre avait fortement augmenté du fait des mouvements migratoires des campagnes vers les villes. C'est à partir de 1950 qu'on a senti vraiment les effets de l'urbanisme comme tels. L'urbanisme c'est une science, une philosophie et un art de bien penser la ville de manière à ce que les citadins vivent d'une manière décente.

S.A Q: quelle différence faites vous entre l'urbanisme, la géographie urbaine et l'aménagement du territoire ? 
Dr. JRM: ce sont des disciplines jumelles qui travaillent sur l'aménagement de l'espace, mais l'échelle n'est pas la même. Le géographe urbain travaille essentiellement sur le paysage urbain et sur l'analyse des villes. L'aménageur du territoire travaille sur  un  espace plus grand, de niveau départemental ou national. Tandis que l'urbaniste ne travaille que sur la ville. Il est chargé d'aménager l'espace urbain. Enfin l'architecte travaille à l'échelle du terrain. Dans les grandes agglomérations, ce sont les schémas d'aménagement et d'urbanisme qu'on met en place pour saisir l"ampleur du travail urbain à réaliser; tandis que dans les villes, petites et moyennes, les plans locaux d'urbanisme suffisent pour  bien aménager l'espace urbain.

SA. Q : comment se pratiquait le métier d'urbanisme dans les années 60 au Congo et comment il se pratique de nos jours ?
 
JRM: l'urbanisme au Congo est d'abord le fait des colons. Progressivement, ce sont les géographes qui ont commencé à gérer le ministère de l'urbanisme et ont mis en place une politique urbaine plus ou moins efficace, aidée pour cela par la politique nationale du monopartiste où l"État était fort et la terre appartenait à l"État, notamment grâce à l'excellent travail du centre de recherche des techniques de l'habitat, CRETH, sur les deux métropoles, Brazzaville et Pointe-Noire, ainsi que sur un certain nombre de villes secondaires. Le vrai problème qui se pose actuellement, 61 ans après, c'est celui de la gestion cohérente de nos villes. On constate malheureusement que l'urbanisation spontanée et irréfléchie a pris le pas sur la construction planifiée des villes, causant des graves dégâts, des problèmes fonciers comme les érosions, et endeuillant des familles désemparées.  C'est pourquoi la création de l'ISAUBTP est une très bonne décision. C'est une structure de formation et de conseil qui devra accompagner les  autorités pour la bonne gouvernance des villes.

SA. Q : Pouvez-vous être un peu plus clair ?

 Dr. JRM : Le métier d'urbanisme touche plusieurs disciplines entre autres l'histoire, la planification et la sociologie. Nous devons planifier nos villes en associant des professionnels des disciplines sociales dans les services d'urbanisme de nos villes. Le problème, c'est qu'on fait plus confiance aux professionnels qui viennent de l'extérieur, qui ne connaissent pas l'histoire urbaine de la ville, et proposent de ce fait des aménagements qui ne répondent pas aux besoins de notre société. 
L'urbaniste ne travaille pas seulement sur un espace vierge, il travaille également dans une ville déjà construite pour y mettre de l'ordre dans la destination et l'aménagement des îlots urbains, en tenant compte des principes universels qui réglementent la profession. Par exemple, ce que fait le projet Durquap dans les quartiers sukissa et moukounzi-ngouaka, c'est ce qu'on appelle de l'urbanisme opérationnel. L'urbanisme moderne est basé sur la mise en oeuvre des projets urbains qui donnent aussi la parole aux citadins dans le cadre d'un débat public organisé autour de ces projets, préalablement à leurs mise en oeuvre.  En effet, la population  devrait d'abord discuter sur le projet urbain proposé par le service d'urbanisme avant sa mise en oeuvre. L'urbanisme ne se résume pas au dictat du politique ou du professionnel de l'urbain. L'urbanisme proposé doit donc avoir l'adhésion des populations qui vivent dans l'espace urbain dont on souhaite aménager. 

SA. Q: qu'en est-il des textes et lois qui régissent le secteur de l'urbanisme au Congo ? 

D JRM: nous avons des textes et lois qui régissent le secteur de l'urbanisme au Congo. La loi sur l'urbanisme et l'aménagement a été révisée en 2019.  Le Congo dispose également d'une bonne loi foncière qui vient appuyer celle dédiée à l'urbanisme. La loi sur l'aménagement du territoire facilite une bonne planification de nos départements dans l'optique de la diversification de l'économie nationale. Mais le vrai problème, c'est la gouvernance de nos villes. Nous devons éviter de laisser court à cet  urbanisme mal planifié qui occasionne et favorise l'urbanisation spontanée dans nos villes.

SA.Q: que doit faire l'Etat au vue des défis du secteur de l'urbanisme ?

JRM R : aujourd'hui nous sommes sur la bonne voie. Dans le projet de société du président de la République, Son Excellence Denis Sassou-Nguesso, "Ensemble, poursuivons la marche", cette problématique est  bien prise en compte en page 44. Le Président affirme avec force que pour les villes, la vision est "de doter progressivement l'ensemble des villes des infrastructures de qualité ; restructurer tous les quartier dits précaires des grandes villes; rénover et étendre les réseaux de distribution d'eau potable ;  nettoyer en permanence les villes; intensifier, au travers des services publics d'hygiène, la lutte anti vectorielle et la lutte contre les rongeurs; favoriser la construction des logements sociaux ;  poursuivre l'amélioration du système de transport public urbain : développer la couverture verte des villes en exigeant de toutes les municipalités la mise en place d'un seuil minimum d'espaces vers dans chaque ville". Cela peut se résumer ainsi qu'il suit : il faut une bonne politique urbaine, incluant la planification des villes, la programmation urbaine, le dessin du plan de la ville, l'art urbain et ses principes de composition urbaine, les techniques de réseaux divers et le renforcement des capacités des élus et agents locaux. Vu ainsi,  l'ISAUBTP sera le meilleur partenaire de nos villes. Ce partenariat devrait être conclu rapidement, car nos villes se dégradent d'année en année. Nous devons nous saisir de l'aménagement de nos villes pour rattraper les décennies de mauvaise gestion urbaine. Il faut pour cela que  les services d'urbanisme soient mieux considérés, mieux équipés et dotés d'un personnel compétent et formé. Car,
La faiblesse des villes congolaises est le manque de bons services d'urbanisme, de voiries urbaines et d'hygiène urbaine.  Ce sont d'ailleurs les défis que doivent relever les gouvernants des villes africaines en général, et ceux des villes  congolaises en particulier.

 

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