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Par-delà le débat écologique, la Nécessité d'une approche Équitable et de souveraineté
Le débat sur la gestion des aires protégées au Congo mérite d'être posé avec sérénité, transparence et dans l'intérêt supérieur de la Nation. La République du Congo est l'un des grands pays de biodiversité du continent africain. Ses forêts couvrent près des deux tiers du territoire national et constituent l'un des principaux réservoirs de carbone de la planète. Cette richesse est devenue un enjeu mondial, mais elle demeure avant tout un patrimoine national. Au moment où le pays réfléchit à une meilleure valorisation de ses ressources naturelles, qu'il s'agisse des minerais stratégiques comme l'or, avec le projet de création d'une raffinerie nationale, ou de son immense patrimoine forestier et écologique, une question fondamentale se pose : Pourquoi les Congolais ne seraient-ils pas eux-mêmes les principaux gestionnaires de leurs réserves de biodiversité ?
Le débat est particulièrement pertinent lorsqu'on compare le Parc national d'Odzala-Kokoua et la Réserve de biosphère de Dimonika.
Deux réserves, deux réalités
Les chiffres parlent d'eux-mêmes.
La Réserve de biosphère de Dimonika, située dans le massif du Mayombe, couvre 136 000 hectares. Elle est classée Réserve de biosphère de l'UNESCO depuis 1988.
À l'inverse, Odzala-Kokoua représente près de 1 294 900 hectares, soit environ dix fois la superficie de Dimonika. Cette aire protégée bénéficie du statut de réserve de biosphère depuis 1977 et constitue l'un des plus vastes ensembles forestiers protégés d'Afrique centrale.
La différence de superficie est considérable, mais le véritable sujet n'est pas là.
La véritable interrogation concerne le mode de gouvernance.
Pourquoi deux approches différentes ?
Depuis 2010, la gestion d'Odzala-Kokoua est assurée par African Parks dans le cadre d'un partenariat de longue durée avec l'État congolais. Ce modèle repose sur un transfert de responsabilités de gestion tout en maintenant la propriété publique du parc. En 2020, ce partenariat a été renouvelé et renforcé.
Ce modèle présente plusieurs résultats positifs mis en avant par ses promoteurs :
- amélioration de la surveillance du parc ;
- progression de certaines populations animales emblématiques ;
- développement de l'écotourisme ;
Ces avancées existent et doivent être reconnues.
Mais reconnaître ces résultats n'interdit pas d'ouvrir un débat démocratique sur plusieurs questions essentielles : Quel est l'impact réel de cette manne sur le développement des communautés riveraines ? Car, nombreux estiment que les populations vivants autour du Parc ne perçoivent pas suffisamment les retombées économiques de cette immense richesse naturelle. Une autre préoccupation revient régulièrement dans les débats : les conditions d'accès des congolais à certains endroits du Parc. Pour de nombreux citoyens, les mesures de protection ne devraient pas conduire à un sentiment d'exclusion des populations nationales de leur propre patrimoine. La conservation de la biodiversité doit rester compatible avec l'implication et le respect des communautés locales.
Une autre question taraude les esprits, Pourquoi ce type de délégation de gestion serait-il envisageable pour une organisation internationale et ne le serait-il pas pour une structure congolaise répondant aux mêmes exigences de compétence, de transparence et de performance ? Pourquoi l'État Congolais ne pourrait-il pas expérimenter un modèle de gestion confié à une structure nationale disposant des compétences techniques, financières et organisationnelles nécessaires ?
Dimonika : une réserve qui attend un nouveau souffle
Contrairement à Odzala, Dimonika souffre aujourd'hui d'importantes pressions liées aux activités humaines.
L'UNESCO relève la nécessité de renforcer sa gouvernance, d'améliorer son système de gestion et de développer les capacités des acteurs locaux. Un projet est actuellement consacré à la formalisation de cette gestion et à la valorisation du patrimoine géologique de Loango.
Autrement dit, la question de la gouvernance de la réserve de Biosphère de Dimonika est déjà officiellement posée.
Pourquoi ne pas saisir cette occasion pour expérimenter un modèle innovant fondé sur une expertise congolaise ?
La Réserve de biosphère de Dimonika est inscrite au Programme sur l'Homme et la Biosphère (MAB – Man and the Biosphere) de l'UNESCO en 1988, mais elle n'est pas inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.
Cette distinction est importante :
Une Réserve de biosphère MAB est un territoire reconnu pour concilier conservation de la biodiversité, développement durable et recherche scientifique.
Un site du Patrimoine mondial est inscrit en raison de sa Valeur Universelle Exceptionnelle, selon une procédure et des critères différents.
« La différence est fondamentale. Bien que les deux relèvent de l'UNESCO, le Programme MAB et le Patrimoine mondial n'ont ni les mêmes objectifs, ni le même statut ».
Programme MAB (Réserve de biosphère) vise à concilier la protection de la nature et développement durable. Les populations peuvent vivre, travailler et développer des activités économiques durables dans la réserve. Il sert de laboratoire vivant pour la recherche scientifique, l’éducation et le développement durable. Une réserve de biosphère du programme MAB de l’UNESCO n’est pas une aire où toutes les activités économiques sont interdites. Son objectif est précisément de démontrer qu’il est possible de concilier conservation de la biodiversité, développement économique et bien-être des populations.
Les réserves de biosphère sont généralement organisées en trois zones :
1. La zone centrale (cœur) : elle est strictement protégée. Les activités d'exploitation minière, y compris l'or, y sont en principe interdites.
2. La zone tampon : certaines activités peuvent être autorisées, à condition qu'elles soient compatibles avec les objectifs de conservation, de recherche et d'éducation.
3. La zone de transition : c'est l'espace où vivent les populations et où des activités économiques peuvent être développées, à condition qu'elles soient durables et respectent la législation environnementale.
Pour l'exploitation de l'or par exemple
L'exploitation aurifère n'est donc pas automatiquement incompatible avec une réserve de biosphère. Toutefois, elle ne peut être envisagée que si elle est située dans une zone où la réglementation l'autorise ;
elle respecte les lois nationales (code minier, code de l'environnement, études d'impact environnemental, etc.) ; elle ne compromet pas les objectifs de conservation de la réserve ; elle fait l'objet d'un contrôle rigoureux des autorités compétentes.
En pratique, l'exploitation industrielle ou artisanale de l'or est souvent controversée dans les réserves de biosphère, car elle peut entraîner la déforestation, la pollution des cours d'eau (notamment par le mercure dans l'orpaillage artisanal), la fragmentation des habitats et des conflits avec les objectifs de conservation.
Dans le cas de la Réserve de biosphère de Dimonika, il faudrait examiner précisément : le zonage de la réserve (zone centrale, tampon ou transition) ; le plan de gestion en vigueur ; la réglementation congolaise applicable ; les autorisations délivrées par les autorités. C'est cette analyse qui permet de déterminer si une activité minière est juridiquement et écologiquement envisageable, et sous quelles conditions.
Par contre, le Patrimoine Mondial de l’UNESCO vise à protéger un site ou des sites ayant une Valeur Universelle Exceptionnelle pour l’humanité. La priorité est la conservation d’un patrimoine naturel ou culturel exceptionnel. Le site est inscrit pour son importance universelle et sa préservation à long terme.
Une candidature nationale peut-elle être envisagée ?
Parmi les acteurs susceptibles d'alimenter cette réflexion figure la Holding Maurice Nguesso dont plusieurs initiatives de développement local ont été saluées notamment l'appui apporté à des jeunes orpailleurs artisanaux à travers la mise à disposition de motos qui leur permettent de mener plusieurs activités lucratives ; la réhabilitation et la modernisation de la route POUNGA-DIMONIKA-MAKABA ; l'ajout d'une prime importante sur les salaires des eco gardes ; le reboisement des espaces détruits par l'orpaillage artisanal ; des actions présentées par les responsables de la Holding Maurice Nguesso comme des preuves d'engagement concret favorisant le développement économique local.
Dans cette perspective, certains observateurs estiment qu'une telle structure notamment la HMN pourrait être candidate à la gestion de la réserve de Biosphère de DIMONIKA, sous le contrôle de l'État Congolais et dans le strict respect des normes nationales et internationales de conservation.
Au-delà du cas particulier de DIMONIKA, le véritable enjeu est celui de la souveraineté et du renforcement des capacités nationales.
Si des partenaires internationaux ont démontré leur savoir-faire dans la gestion des espaces protégés, les compétences Congolaises doivent également être reconnues accompagnées et mises à contribution. Aucun pays au monde ne peut durablement construire sa politique de conservation sans faire confiance à ses propres citoyens.
L'État congolais pourrait ainsi encourager l'émergence d'un modèle de cogestion ou de gestion nationale fondé sur des critères objectifs : expertise, transparence, résultats mesurables, protection de la biodiversité et amélioration des conditions de vie des populations riveraines.
Le débat ne doit donc pas opposer Congolais et partenaires étrangers. Il doit plutôt répondre à une question essentielle : qui est aujourd'hui le mieux placé pour assurer simultanément la protection de notre patrimoine naturel, le développement des populations locales et la défense des intérêts stratégiques de la République du Congo ?
Une réponse fondée sur les compétences, les résultats et l'intérêt général permettrait d'ouvrir une nouvelle étape dans la gouvernance des réserves de biodiversité congolaises, où la confiance accordée aux acteurs nationaux aurait toute sa place.
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